BAYE ABDOULAYE DIOUF FALL LAHI N'EST PLUS


17 avril 2019 - 1031 vues

Baye Abdoulaye Diouf Fall Lahi n'est plus. Il s'est éteint le mercredi 17 avril 2019. Lors d'une interview, à la veille de la commémoration du 135ème anniversaire de l'Appel de Seydina Limamou Lahi, il nous avait expliqué "LA VRAIE HISTOIRE DE L’OISEAU" que nous voyons sur la photo de Seydina Mandione. L'interview avait été publié dans BATAAXALU DIAMALAYE.

Je commencerai tout d’abord par vous dire qu’il existe plusieurs versions de l’histoire de l’oiseau que nous voyons, en photo, sur l’épaule de Seydina Mandione. Il était à l’époque, en 1950, le Khalif des Layènes.

Certains disent que l’oiseau a fait sept fois le tour de Diamalaye, s’est posé sur Seydina Mandione, ensuite sur moi avant de retourner sur les épaules du Khalif.  Ceci n’est pas conforme à la réalité. Car, cette histoire que j’ai vécue, je m’en souviens comme si c’était aujourd’hui.

C‘était le jour de la Korité de l’année 1950. Je suis rentré chez moi juste après la prière. En compagnie de cinq de mes amis, nous avions alors, comme nous le faisions chaque année, décidé d’aller à Tonghor pour chercher des herbes appelées seuf seufoor. Arrivés chez Baye Seydou Sylla, le père de Ibou Sène Laye, nous décidâmes de boire. Il y avait chez lui de grands canaris avec des pots de tomates qui nous permettaient d’y puiser l’eau.

Alors que je buvais, j’ai senti quelque chose passer par-dessus ma tête alors couverte de mon béret. Celui-ci tomba par terre. Je vis à l’instant un oiseau qui s’envolait vers l’ouest. Je dis à mes compagnons : « Regardez, c’est cet oiseau qui s’en va là-bas qui a fait tomber mon béret ». Mes cinq amis n’y avaient même pas prêté attention. Je pris le béret et le remis sur ma tête. Et nous repartîmes vers Tonghor. C’est arrivé à hauteur du Penc de Ngaparou, localité où est né Seydina Limamou Lahi (PSL), que nous avons trouvé des femmes qui vendaient du seuf seufoor à 10 francs le tas. J’ai été le 1er à en acheter. C’est au moment où je pris possession du seuf seufoor que je sentis quelque chose de lourd sur ma tête avec ses griffes.

Je ne pus m’empêcher de laisser tomber par terre le seuf seufoor. Je me saisis de ce qui était sur ma tête. A ma grande surprise, je vis que c’était le même oiseau. Je le pris par les ailes tout en disant à mes compagnons que c’est ce même oiseau qui avait fait tomber mon béret. Je leur demandais  que faire ? Ils me suggérèrent d’aller à Tonghor avec l’oiseau.  Je leur dis que j’allais retourner chez moi et informer ma mère que j’allais l’adopter.

Mes compagnons partirent pour Tonghor et moi, je pris la direction de Layène. L’oiseau avait deux plumes d’une longueur d’un mètre chacune. Deux garçons qui étaient plus petits que moi me suivirent. Ils étaient habillés de boubous blancs. Chacun des garçons voulaient prendre les deux plumes. J’ai refusé. Ils m’ont suivi jusqu’à Layène où je les ai perdu de vue. J’ai, ensuite, cherché une sorte de corde très dure pour attacher la patte de l’oiseau près d’un canari afin d’aller à la recherche des deux garçons.  Mais dès que j’ai tourné le dos, et à ma grande surprise, l’oiseau a coupé, par sa force, cette corde. Pour l’empêcher de voler, je lui ai enlevé certaines plumes que j’ai enterrai. Sans savoir que j’allais y retourner, je mis une marque sur cette place afin de l’identifier plus tard. Et je repartis pour Layène. A cet instant même, j’avais eu l’impression que les gens que je croisais ne me voyaient pas avec l’oiseau. En tout cas, personne ne prêtait attention à l’oiseau que je portais sur mes bras.

Arrivé à Layène, je suis allé directement dans la chambre de Mame Fatou Laye Diop, la mère de Mame Alassane Lahi. Sur place, se trouvaient ma mère Sokhna Marème Ndoye, mon père Lamine Fall, Baye Doudou Mbaya Sène et El Hadji Matar Samb. Dès que je franchis le seuil de la chambre, l’oiseau se libéra, vola jusqu’à un buffet situé à quelques mètres de là, il rebondit sur terre malgré le fait qu’il n’avait plus ses plumes. A cause de cette scène, mon père et Elhadji Matar m’ont demandé où est ce que j’avais pris cet oiseau bizarre. Je leur ai expliqué alors toute cette histoire que je venais de vivre. Plus tard, est apparu une photo avec l’oiseau sur le buffet. Je ne sais vraiment pas qui a pris cette photo.

Alors pourquoi avons-nous amené l’oiseau à Seydina Mandione ? C’est tout simplement parce qu’El Hadji Matar Samb a dit à mon père que la coiffure de l’oiseau ressemblait fort bien au turban de Seydina Issa Rouhou Lahi (PSL).

Nous décidâmes donc de partir chez le Khalif. Ainsi, j’ai demandé à tous ceux qui étaient présents de prendre l’oiseau. Ils refusèrent tous. C’est pourquoi je dis qu’il n’y a que deux personnes qui ont touché l’oiseau : Seydina Mandione et moi-même. Je le pris dans mes bras et nous partîmes chez Seydina Mandione, mon père Lamine Fall, Elhadji Matar Samb et Elhadji Doudou Mbaya Sène.

Arrivés devant la maison du Khalif, je me suis arrêté à la porte. Seydina Mandione était assis dans la cour et recevait la ziarra des fidèles. Car c’était le jour de la Korité. Il portait un caftan noir sous lequel il y avait un boubou blanc. L’oiseau quitta brusquement mes mains et se posa sur les jambes de Seydina Mandione. Le Khalif ne dit mot. La ziarra s’arrêta puisque les fidèles qui étaient sur place étaient médusés. L’oiseau sauta sur l’épaule gauche de Seydina Mandione, passa ensuite sur son épaule droite. Et c’est là qu’on l’a photographié avec l’oiseau. Il s’agit de cette photo que tout le monde connaît.

Aussitôt, sans qu’on ne lui dise quelque chose, Seydina Mandione demanda à mon père de m’appeler pour que nous nous photographiions ensemble, lui et moi, avec l’oiseau. Mais mon père me trouva devant la maison et me remis 15 frs, le prix du transport, pour que je rentre à Thiaroye sur Mer. Voilà la raison pour laquelle je ne me suis pas photographié avec Seydina Mandione et l’oiseau.

Sur le chemin du retour, je me suis rappelé les plumes que j’avais ensevelis. Je décidais de les déterrer. C’est là-bas que j’ai eu la peur de ma vie. Quand j’ai déterré les plumes, près de 40 personnes habillées en blancs m’ont pris par le collet pour me dégager et se sont précipité sur les plumes que j’avais ensevelies. Ils les ont tous dévorées. Je ne sais vraiment pas qui elles étaient car elles sont disparues comme elles étaient apparues. Je ne sais vraiment pas si ce sont des anges ou des djinns.

Dès que j’ai retrouvé mes esprits, plusieurs minutes après, Je me suis levé et finalement rentré. Dès que je suis arrivé à Thiaroye sur Mer, la rumeur fut comme une traînée de poudre. Il se disait que j’avais capturé un oiseau mystérieux. Des personnes m’avertirent pour que je me cache dans la mesure où des dizaines de personnes faisaient cap sur Thiaroye sur Mer pour voir l’oiseau alors que je l’avais laissé à Yoff.

Pendant trois jours, l’oiseau refusa de manger, de boire. Il décéda trois jours plus tard. Il fut lavé. Seydina Mandione dirigea la prière mortuaire et on l’ensevelit. Plus tard, on me montrera le lieu où il est enterré. Je peux vous dire qu’il repose à l’intérieur du mausolée de Diamalaye.

Quelques temps après, Serigne Ablaye m’appela et je lui expliquais toute l’histoire de l’oiseau. Il me dit que j’ai eu vraiment de la veine car son père Seydina Issa, en 1940, avait déclaré devant une assemblée de fidèles qu’il viendra voir comment se déroulera la prière de Korité dirigée par Seydina Mandione. Donc, Serigne Ablaye est catégorique : c’est Seydina Issa qui s’est posé sur ma tête. Mame Alassane me l’a aussi dit.

Serigne Mansour Sy qui est mon oncle est venu jusque chez moi pour me demander de lui raconter l’histoire de cet oiseau. Il me rétorqua que c’était vraiment un miracle incroyable. Et je lui donnai l’exemple de l’ange Djibril qui un jour se transforma en aigle pour montrer à Abou Muttalib l’emplacement de l’eau de Zam Zam. Serigne Mansour m’a toujours pris avec considération car ayant des connaissances ésotériques, il savait de quoi rimait toute cette histoire.

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