HOMMAGE A MAME MAMBAYE GADIAGA : Les mérites d’un cultivateur hors pair

06 octobre 2021 à 11h45 - 614 vues

Les mérites d’un cultivateur hors pair

Mame Mambaye Gadiaga a été un sahaba exemplaire en cela qu’il s’est distingué dans le travail de la terre. Secteur dans lequel il a séduit son monde et laissé une tache indélébile de par la taille de ses exploitations agricoles. Chaque année, sa famille lui rend hommage par une journée à lui dédiée.

Cette journée qui mobilise des centaines de personnes est toujours marquée par un récital de Coran et un exposé sur la vie et l’œuvre de Mame Mambaye Gadiaga. La conférence animée par son homonyme Chérif Mbaye Lahi, par ailleurs fils du 5ème Khalif des Layènes constitue l’apothéose de la journée.

Fondateur de la communauté layène, Seydina Limamou Lahi (PSL) a dû se résoudre à l’exil en septembre 1887, à la suite d’une confrontation qui l’opposa aux autorités coloniales. Ce voyage le mena à Nguédiaga où il séjourna pendant trois jours.

De retour à Yoff, il ne cessait de rappeler à ses disciples l’existence d’un village sur sa terre d’exil. Un terroir qui portera le nom de Malika et qui répandra bonté et honneur à ceux qui iront s’y implanter. Ses compagnons de route durant son exil revendiquèrent ce privilège, pour avoir eu à l’accompagner durant son exil. A ces derniers ainsi qu’à tous ses disciples, il rétorqua que contrairement au nom du village qui lui était déjà connu, les pionniers qui iront s’y implanter lui étaient méconnus.

Nguédiaga est un monticule de sable avec un arbre juché en haut. Le lieu porte, d’ailleurs, le nom de cet arbre, nguédji, qui a servi de refuge et de cache à Seydina Limamou lors de son séjour.

Etape finale d’une pérégrination de trois adeptes :
Mame Abdou Sène, Lamine Gadiaga et Madieng Kébé.

Ces derniers avaient pourtant prévus de se rendre à Yoff, répondre à l’appel du saint maître (psl). Mais Seydina Limamou Lahi (psl), mis au courant de leur arrivée proche, envoya un émissaire qui les intercepta à Yeumbeul pour leur indiquer de se rendre à Nguédiaga. De là, ils devaient arpenter la rive vers le nord-est sur une distance d’environ 1,5 km afin de rechercher une pierre. Cette pierre devait indiquer l’implantation du village et correspond elle-même à une mosquée. Voilà le début d’une occupation humaine sur un terrain isolé, au milieu des dunes de sable.

Outre ces instructions de Seydina Limamou Lahi (psl), les habitants du village de Yeumbeul furent invités à céder suffisamment de terres à ces migrants qui ont une tradition agricole. En effet,  le vaste terroir de Malika constituait autrefois des champs de cultures appartenant au village voisin de Yeumbeul.

Ces éléments de contexte suffisent à rappeler la place de l’agriculture dans le village de Malika. La vie en communauté était organisée entre le culte à travers la mosquée et les travaux aux champs. La migration des bergers Peuls conduisit par la suite à l’introduction de l’élevage bovin, Seydina Limamou Lahi (psl) ayant demandé à Ndiack Sow, son disciple et berger d’alors, d’aller rejoindre ces pionniers.

L’agriculture fut la principale activité des villageois et les champs s’étendaient sur de vastes terrains au nord puis au sud mais aussi à l’est. Elle était pratiquée sur des terrains plats, aux alentours des dépressions et des terrains inondables. Plusieurs conditions naturelles militaient en sa faveur : une nappe phréatique peu profonde donc la disponibilité de l’eau et les sols de type hydromorphes à engorgement temporaire (sols dek), caractéristiques des Niayes, avec un horizon humifère épais. Ces sols sont favorables à l’agriculture et recèlent la majeure partie des champs destinés à cette activité.

Héritière de cette tradition, Mambaye Gadiaga a su exceller dans cette activité avec de vastes exploitations familiales dont on peut citer : Tolou Baye Ndjine, Khisg, Mbatal yendou, Cofra et Rikou (déformation de Rue Commandant)

Sans entrer dans la toponymie de chaque exploitation, pourtant empreint de sens et pleine de sagesse, nous proposons de rappeler celle du dernier terroir agricole cité, à savoir Rikou.

C’est dans ce site que le commandant (d’où le nom Rue Commandant), venu rencontrer Mame Mambaye Gadiaga, demanda le nom de la compagnie qui gérait ces vastes cultures. On lui répondit que ce champ appartenait à Mambaye Gadiaga. Ce sur quoi il répondit que c’était impossible qu’une personne gérât ce vaste espace. Aujourd’hui encore, des mesures sont à l’étude pour estimer de manière exacte la superficie de ces vastes exploitations. Mais, d’ores et déjà, quelques levées topographiques nous permettent d’estimer sa petite exploitation agricole à 1,6 hectare et la plus grande pouvant atteindre 15 hectares. Dans ces exploitations se déroulait une culture pluviale pendant l’hivernage et maraîchère durant le reste de l’année. Outre sa force de travail, Mame Mambaye Gadiaga était doté d’une intelligence particulière. Il maîtrisait parfaitement les techniques de rétention de l’eau afin de garder l’humidité permanente du sol.

Son exploitation était basée sur la polyculture, système reconnu de nos jours comme moyen pour atteindre une autosuffisance alimentaire et maintenir la richesse du sol. Mambaye Gadiaga fut porteur de ce système de culture à une époque où celle – ci était méconnue par les agriculteurs. Aux pratiquants de la monoculture, il les incitait à la polyculture par une simple allégorie : « Une marmite est plus étroite qu’une parcelle agricole, mais plus on y met des légumes pendant la cuisson, plus elle donne un repas délicieux ». Ses principales cultures étaient le mil, la pomme de terre, les patates, les haricots verts, les choux, les oignons, les tomates, les navets, et les poireaux. Avec une formule dont il détenait le secret, les cultures se mélangeaient dans une parcelle, selon une règle pour donner une productivité diversifiée.

Le fruit de son travail lui a permis de vivre avec dignité, mais aussi de participer à plusieurs œuvres de la communauté layène. Nous citerons l’appel à contributions auprès des disciples layènes lancé par Seydina Issa Rouhou Lahi (psl) pour la construction de la grande mosquée de Yoff. Mame Mambaye Gadiaga dédia alors 100 sacs de patates issues de ses champs en guise de contribution. Il en fît de même pour la grande mosquée de Malika, à un moment où les travaux avaient connu un certain ralentissement. Il y consacra une partie de ses récoltes pour permettre la relance des travaux.

En raison de l’importance de ses récoltes, il demanda et obtint des autorités coloniales une voiture pour le transport des légumes issus des champs de Malika vers les marchés de Thiaroye, Castor et Dakar. Plus tard, il leur demanda aussi de mettre à sa disposition un car de transport pour le déplacement des layènes de Malika lors des événements de la communauté à Yoff et Cambérène.

D’autres œuvres à partir du fruit de son travail pourraient être cités : l’impôt colonial qu’il payait de sa poche pour le village de Malika, le soutien à ses voisins et aux nécessiteux. Ce dernier point intervenait plus généralement de par son initiative sans attendre les sollicitations de quelque personne que ce soit. Mambaye Gadiaga travaillait un champ agricole pour satisfaire exclusivement les besoins des nécessiteux. Et quand la période de récolte de ce champ était achevé, il envoyait ses enfants informer le voisinage de la possibilité pour tous d’aller cueillir gratuitement, pour celui qui le désire, pour sa subsistance.

Mambaye Gadiaga a consacré sa vie au travail. En atteste le témoignage de Chérif Abdoulaye Thiaw le jour de son décès en 1963. Avant de diriger la prière mortuaire, celui qui était, à l’époque, le porte-parole du Khalif des Layènes déclara : « Nul ne pouvait s’en passer de ses qualités humaines et on ne peut le détester que pour deux choses : sa piété et sa bravoure dans le travail ».

Assane Niang GADIAGA
Omar CISS
Baye Youssou SENE

Commentaires(0)

Connectez-vous pour commenter cet article