KORITE 1909 : La Dernière de Seydina Limamou Lahi (PSL)

19 juin 2017 - 5691 vues

 

En octobre 1909 (1327 H), Seydina Limamou Lahi a célébré sa dernière korité. Vieux Libasse Sall, qui demeure une source d’informations fiables, revient ici sur ces derniers moments de la vie du Mahdi (PSL).

Propos recueillis par  Sélou Laye Ba

C’est au 15ème jour de ce mois béni de Ramadan de l’année chrétienne 1909 que Seydina Limamou Lahi a demandé à Cheikh Matar Lô d’envoyer en son nom des correspondances dans toutes les localités où se trouvent ses talibés mais aussi ses moukhadams afin qu’ils viennent assister à la prière de l’Aïd el fitr ou Korité. Le saint prophète demanda également aux fidèles de redoubler d’efforts dans toutes les pratiques religieuses. Comme le rapporte Cheikh Matar Lô dans son ouvrage « Bushrâl Muhibbina », Seydina Limamou Lahi disait en tout instant : « Soyez actifs dans la pratique du bien et des bonnes paroles ». Il disait après chaque prière : « Allahumma bâbal busrâ bikalimati lâ ilaha ila lah (O Dieu porte du bonheur… par la grandeur de la parole il n’y a d’autre souverain que Dieu) ».

A la fin du mois de ramadan, un mercredi, le croissant lunaire apparut symbolisant ainsi la fin du jeûne. Et c’est son cousin Amadou Barro Ndoye, fils de son oncle maternel Gorgui Ndoye qui l’aperçut et en informa Seydina Limamou Lahi (PSL). « Ku ko guis ? Aw ? » ( qui l’a aperçu ? toi ?), lui demanda le Saint Maître. Avant d’ajouter « Aw, loo wax deug leu » (toi, tes propos sont toujours véridiques ). C’est ainsi que Seydina Limamou envoya des émissaires à Dakar pour en informer l’imam ratib Médoune Diène senior. Ce dernier leur rétorqua qu’ils ne peuvent rompre le jeûne sur la base des seuls propos de Limamou. Partant de ce fait, ils continuèrent leur jeûne et commirent un pêché.

Le lendemain, jeudi, tout de blanc vêtu, des fidèles de la communauté aklhou lahi, hommes et femmes, jeunes et adultes, se retrouvèrent au domicile de Seydina Limamou Lahi pour l’accompagner à la place de la prière. Ils entonnèrent le zikr chanté d’habitude lors des cérémonies funéraires.

Le déplacement du Saint Maître ne fut pas facile. De sa maison jusqu’à Diamalaye, il ne fit pas moins de trois pauses, tellement, il était malade et souffrant.

Déjà, dès qu’il sortit de sa concession, il dit à l’assistance : « si on vous que c’est un mort qui va diriger la prière, vous n’y croirez jamais ». Les fidèles ne purent retenir leurs larmes. Seydina Limamou remua son bras puis sa tête et dit : « voilà tout ce qui vit en moi ». Il appela Cheikh Matar Lô et Seydina Mandione pour lui prêter main forte. Le 1er à sa droite, le second à sa gauche.

A quelques encablures du lieux de prière, Seydina Limamou prit la parole pour dire que cette prière de korité de 1909 est une prière pleine de miracles. « En effet, si on vous dit que c’est un mort qui va la diriger, vous serez surpris. » Les fidèles fondirent en larmes, une fois de plus. Ils n’avaient jamais pensé que le saint maître allait les quitter un jour.

Seydina Limamou marcha encore, soutenu par Cheikh Matar Lô et Seydina Mandione. Il arriva à la place de la prière, épuisé. Il se coucha, son corps dégoulinant de sueur. A l’aide de pagnes, les vieux l’aidèrent à avoir de l’air jusqu’à ce que la sueur disparaisse. Il se leva et fit signe de la main aux fidèles pour qu’ils se dépêchent à venir à la prière. Il demanda aussitôt à Cheikh Matar Lô de lui dire ce que l’ange Djibril avait dit au prophète Mouhamed (PSL) en ces moments-ci. Cheikh Matar, qui n’avait pas compris le sens de sa question, ne répondit pas. Le Saint Maître reprécisa sa question à trois reprises : « qu’est-ce que l’ange Gabriel avait dit au prophète Mouhamed (PSL) lors de sa maladie ? ».

Cheikh Matar Lô souligne toujours dans son ouvrage « Bushrâl Muhibbina » que c’est seulement plus tard, après son rappel au Tout-Puissant qu’il comprit le sens de l’interrogation du Mahdi. « En effet, lorsque l’Envoyé de Dieu Mohammed (PSL) fut très malade, et sur le point de quitter ce monde, Djibril est allé vers lui et dit : « Ton Seigneur t’envoie ses salutations et te demande quels sont tes préoccupations ? » Le Prophète lui répondit : « Dis Lui que mes soucis et mes préoccupations, c’est le sort de mon peuple ». Djibril retourna auprès de Dieu et le lui dit. Le Seigneur lui ordonna : « Vas et dis-lui que son peuple sera en sécurité le jour du jugement dernier ».

Seydina Limamou dit à l’assistance : « que celui qui a quelque chose à remettre à Mouhamed (PSL), me le donne ! Le jour du Jugement dernier, s’il me voit aux côtés du prophète qu’il sache que sa commission a été faite. S’il me voit seul, qu’il sache que je suis Mouhamed. »

Après la prière, Seydina Limamou fut raccompagné jusque dans la cour de sa concession. Pour la première fois en vingt-six ans de prêche, ils le virent enlever ses bottes. Ce qui intrigua l’assistance. Seydina Limamou appela Cheikh Matar Lô et demanda que fut lu tous ses sermons. Une manière de s’assurer que ses propos ont été fidèlement rapportés. Après qu’il a fini de les lire, Seydina Limamou lui dit que tous ses vœux d’ici et dans l’au-delà sont exaucés.

A trois reprises, il demanda à l’assistance : « Y a-t-il un miracle que le prophète a fait et que vous ne m’avez pas vu accomplir afin que je le réalise ?» Personne ne répondit. Il entra dans sa chambre. Entouré d’hommes et de femmes dont son épouse Mame Alassane Ndiaye, il leur rappela les prescriptions divines.

Dans la nuit du jeudi 13 au vendredi 14 du mois lunaire, il fut rappelé à Dieu après avoir prononcé les paroles suivantes : « Laa ilaaha, illalahou, mouhamadou rassoulou Laahi ».

Paru dans le N°4 de Waa SOODAAN (avril 2015)

 

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