TRIBUNE DU VENDREDI N°14 : La face cachée de l'iceberg - Vision 129

05 février 2021 à 16h50 - 397 vues

LA FACE CACHÉE DE L'ICEBERG-VISION-129

Le quatorzième numéro de cette tribune du vendredi sera érigé en l'honneur de ces valeureux jeunes hommes et femmes nés dans la plus haute noblesse socioreligieuse, mais qui ont préféré troquer les honneurs et mérites que confère le statut de descendants du meilleur des hommes pour arborer le non moins prestigieux habit de disciples dans de mieux atteindre leur objectif : Servir le Mahdi. Ce qui reflète pleinement l'enseignement de leur aïeul qui excluait toute forme de hiérarchie sociale basée sur la simple naissance. Je veux nommer les membres de l'Association Vision 129, ces braves et fidèles serviteurs qui, depuis plus de 12 ans, assistent la communauté Ahloulahi dans tous les domaines d'activités.

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À la base l'idée était de créer un cadre permettant de rassembler tous les jeunes membres de la famille du saint-maitre Seydina Limamou Lahi Al Mahdi (asws) pour leur permettre de mieux se connaître, et renforcer ainsi les liens familiaux et religieux séculaires qui les unissaient. C'est pourquoi un tour de famille mensuel et une association dénommé « Vision 129 » furent mis en place dès avril 2008. Le principe étant que chaque mois tous les membres se retrouvent chez une branche de la grande famille du Guide Suprême des Ahloulahi entre Yoff, Ngor, Ouakam, Cambérène, Malika, Yeumbeul, Médina, Gueule Tapée, etc. pour échanger entre eux, faire connaissance. C'était aussi l'occasion pour revisiter les enseignements du saint-maitre (asws) et chanter les louanges d'Allah. Grâce à ce tour de famille des personnes appartenant à des branches différentes ou à une même branche - mais qui ne se connaissaient pas du tout malgré qu'elles se rencontraient souvent lors des événements religieux de la communauté - ont pu se rencontrer, sympathiser, s'aimer davantage et nouer des relations privilégiées entre elles.

À titre d'exemple, tout récemment, un petit-fils de l’actuel Khalif Seydina El Hadji Abdoulaye Thiaw Lahi ibn Seydina Issa Rohoulahi ibn Seydina Limamou Lahi (asws) vivant à Cambérène a donné le prénom d'un de ses cousins, petit-fils du 3e Khalif Baye Seydi Thiaw Lahi ibn Seydina Mandione Lahi ibn Seydina Limamou Lahi (asws), à son fils. Alors qu'avant la création de Vision 129 ils ne s'étaient pourtant jamais connus ni même rencontrés. Autres exemples, des membres appartenant à des branches différentes ont pu s'unir autour d'un mariage, ce qui a contribué à raffermir les relations familiales entre les branches et leurs membres respectifs.

Toutefois après quelque temps, les membres ont senti que l'objectif premier qui était de réunir les jeunes petits-fils de Seydina Limamou Lahi (asws) de la même génération a été entièrement atteint, et ont alors décidé de voir ensemble comment participer pleinement à la diffusion des enseignements de leur aïeul et par effet multiplicateur contribuer au développement endogène et au rayonnement de la communauté Ahloulahi. À l’origine,’ c’est un des membres qui a posé cette interrogation : « Notre aïeul Seydina Limamou Lahi (asws) nous a accordé une grande faveur en faisant de nous ses disciples. Mais qu’avons-nous fait pour lui en retour ? »

Cette interrogation résonna plusieurs fois dans la tête de chaque membre en impulsant le déclic. Et cela nous procura un zèle collectif qui aurait pu nous permettre de soulever le phare des Mamelles ! Aussi, les démarches administratives furent-elles hâtivement entreprises auprès de l’autorité compétente pour officialiser l’Association Vision 129.

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À partir de là, Vision 129 a commencé à participer progressivement à l'organisation des différents événements de la communauté. L'une des premières actions fut l'organisation, dès 2008, d'une grande campagne de nettoiement qu'on a voulu annuelle en prélude de la commémoration de l'appel de Seydina Limamou Lahi (asws). Pendant près de 3 semaines, ces jeunes petits-fils du saint maître (asws), enfants et adultes, hommes et femmes se sont chargés de nettoyer et tamiser tout le sol du lieu saint de Diamalaye sous un soleil d’aplomb. Ensuite, les rues et ruelles de Yoff menant au quartier Layène qui devait servir de cadre pour la célébration ainsi que les domiciles du Khalif et de chacun de ses frères furent nettoyées de fond en comble. A partir de 2009, la cellule Vision 129 de Yoff se regroupait tous les jeudis soirs pour nettoyer les environs de la mosquée de Yoff Layène pour préparer le lieu devant accueillir des milliers de fidèles venant de partout pour prendre part à la prière du vendredi, le lendemain. À l’époque, moi-même, j'étais en licence et je logeais au campus de l'université Cheikh Anta Diop de Dakar. Mais chaque jeudi après les cours je revenais à Yoff pour prendre part au nettoyage du jeudi soir et je rentrais au campus après la prière du matin. À l'occasion des "nianes" (marquant l’anniversaire respectif de la disparition des défunts Khalifs), vision 129 se chargeait de trouver et d'installer une grande partie de la logistique nécessaire (fauteils, chaises, etc.), en plus des décorations pour embellir le cadre ; mais aussi d'accompagner et gérer la sécurité des frères du khalif et autres dignitaires de la communauté. À l'époque, la nuit de la Korité qui, jadis était le plus grand événement religieux de la communauté (avant la célébration de l'Appel sous l'impulsion du vénéré Baye Seydi Thiaw Lahi, 3e Khalif) avait perdu de son lustre d'antan. La plupart des fidèles n'y participaient plus et elle devint un simple "tour de dahira" peinant à rassembler plus de 50 personnes. Or, cette nuit de prières qui se tient au soir de la Korité a été instituée depuis plus de cent ans par le saint-maitre Seydina Limamou Lahi (asws) qui y accordait une importance toute particulière. A sa suite, les différents Khalifs qui lui ont succédé à la tête des Ahloulahi ont marqué de leur présence cette grande nuit sans jamais s’absenter.

D’ailleurs, il est arrivé que le premier Khalif Seydina Issa Rohoulahi (as) annule la célébration du « niane » de son père Seydina Limamou (asws) qui se tient au treizième jour du mois de Kori pour la simple raison que les fidèles avaient commencé à accorder plus d’importance à cet évènement qui marque l’anniversaire de la disparition du saint-maitre en délaissant la nuit de la Korité. En effet, la plupart d’entre eux trouvait que participer à la nuit de la korité et revenir à Yoff, 13 jours après, pour le niane de Seydina Limamou Lahi était compliqué. C’est pourquoi Seydina Issa Rohoulahi (as) dans sa rigueur caractéristique du respect profond qu’il vouait à l’enseignement et à l’héritage de son vénéré père rappela la priorité. C’est pourquoi, guidée par on ne sait quel esprit éclairé, Vision 129 se fixa alors comme deuxième défi de la faire renaître. Ainsi au mois de ramadan de 2009, le bureau est-il allé recueillir l'autorisation du Khalif, son éminence Seydina El Hadji Abdoulaye Thiaw Lahi en présence de Serigne Moussa Gueye un vendredi après djouma. Serigne Moussa se chargea d'être notre porte-parole du jour et le Khalif très fier de notre engagement pria pour notre réussite.

Ragaillardis par cette autorisation déjà suffisante, nous décidâmes quand même d'aller aussi recueillir la bénédiction de chacun de ses jeunes frères qui ont tous salué la démarche en nous couvrant de prières, de rappels et de recommandations tous précieux. Dès ce soir-là, un groupe était chargé de parcourir tous les "sop koor" à Yoff, Cambérène, Ngor, Thiaroye, Yeumbeul, etc. pour sensibiliser les fidèles sur l'importance de la nuit de la korité. Le message était ainsi libellé et déroulé par notre Président Serigne Iba Laye : « Nous avons reçu l'ordre du Khalif de convier tous les fidèles à prendre part à la nuit de la Korité de cette année-là ». La plupart des gens que nous rencontrions nous racontaient qu'ils n'étaient pas au courant de cette nuit de Korité ; là où d'autres déclaraient avoir complètement oublié son existence avec le temps. Et donc, pendant la nuit de la Korité, les gens préféraient festoyer en famille et entre amis contrairement à la volonté et à l'enseignement du meilleur des hommes.

Aussi, nous sommes-nous donnés corps et âme pour sensibiliser nos frères et sœurs condisciples. Serigne Idrissa Thiaw Lahi fils de l’actuel Khalif y joua un grand rôle d'ailleurs en exhortant chaque soir les fidèles de son « sop-kor » à répondre en masse à notre invite. Plusieurs fois, nous avons manqué de prendre le "ndogou" et même le "kheud" pour la simple raison que nous quittions nos foyers respectifs juste après la prière de "Nafila" pour sillonner toutes les localités Layènes de la région de Dakar en faisant le tour des "sop koor" pour ne rentrer que peu de temps avant le "salatou" (marquant le début du jeûne). Je me souviens même qu'un soir en rentrant de nos tournées à la Médina, notre convoi fut arrêté par des éléments du commissariat de police de la Médina. Constatant que la carte grise de ma voiture n'était pas présente ils ont confisqué le permis du chauffeur qui n'était autre que notre déterminé Président Serigne Iba. J'étais tellement pressé que je l'avais laissée sur ma table de chevet en prenant les clés.  Serigne Rane Sarr, feu Mamadou Ndour « Beauga » qui étaient de la délégation, SILS qui conduisait l’autre voiture et moi-même avions joué les bons offices pour récupérer le permis et poursuivre notre route pour rentrer avant l'heure du kheud. Nos efforts coordonnés furent très productifs car, le soir de la Korité, une marée de fidèles a répondu à notre invitation. Nous avions pu remplir le lieu communément appelé "tanta ba" et ses environs.

L'année suivante, nous avons entrepris la même démarche en parcourant durant les nuits du ramadan de 2010 tous les "sop koor" entre Yoff, Ngor, Cambérène, Thiaroye, etc. La veille de la Korité, nous avions installé la sonorisation et les barrières au lieu de prière. Et le jour de la Korité, nous avions géré avec beaucoup de tact (comme l'année précédente) l'organisation de la prière avec des effectifs déployés sur le lieu où elle devait se tenir, dans la maison du Khalif et tout au long du chemin que devait emprunter le cortège de l'imam. Cette année-là, notre réussite fut encore plus grande. En effet, non seulement les fidèles avaient répondu en masse à notre invitation, remplissant finalement tout le quartier Layène de Yoff le soir, mais une grande partie des dignitaires de la famille du saint maître dont Serigne Moussa Gueye, Libasse Dia, Baye Ndjine Thiaw "Général bi", Idrissa Thiaw Lahi, etc. avait pris part à l'événement aux côtés de Seydi Mame Libasse Lahi. Ce soir-là, les fidèles et les guides de la communauté sont restés debout pendant plus d'une demi-heure en clamant en chœur les louanges et les attributs d'Allah dans une ferveur indescriptible. Sous la mélodie divine des "Mulku laahi jalîlu lâ ilâha illâ Allah" ou des "kenne du buur Yàllaay Buur lâ ilâha illâ Allah", plusieurs personnes sont tombées en transe.

Le lendemain matin, tous les fidèles enivrés à la douce lumière du tawhiid sont restés à Yoff pour participer au séculaire récital de coran, une tradition initiée par le saint-maitre Seydina Limamou Lahi (asws). Vision 129 avait alors préparé le traditionnel "laakh" matinal distribué à tous les fidèles en y joignant un petit-déjeuner complet comprenant pain, beurre, chocolat, café et lait chauds pour offrir plus de choix. Ce jour-là, le terme "Vision 129" a bourdonné dans toutes les oreilles au sein des Ahloulahi. Nous avions reçu plusieurs félicitations de la part des guides de la communauté qui ont salué la serviabilité, les efforts et l'engagement dont nous avions fait montre et qui nous ont permis d'avoir autant de réussite malgré notre jeune âge. Mais comme notre faim de défis nouveaux n'était pas encore nourrie à satiété, après avoir brillamment fait renaître la nuit de la Korité, nous devions affronter d'autres chantiers...

(À suivre)

EXTRAIT DE MES MEMOIRES SUR VISION 129

Par Chérif Alassane Lahi Diop, Sibt Sâhibou Zamâne, Secrétaire général de Vision 129

 

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