TRIBUNE DU VENDREDI N°36 : De la nécessité cruciale de revoir la Tabaski au Sénégal

09 juillet 2021 à 13h37 - 532 vues

DE LA NÉCESSITÉ CRUCIALE DE REVOIR LA TABASKI AU SÉNÉGAL

En prélude à la fête de l’Aid El kébîr (Tabaski) où, sous le poids de la pression sociale fortement adossée sur le qu’en dira-t-on, la règle commune (pour la majorité des chefs de famille en tout cas) est de « gagner de l’argent par tous les moyens [licites comme illicites] », il nous a semblé à la fois utile et nécessaire de faire un petit rappel à nous d’abord et ensuite à tous nos fidèles lecteurs et lectrices.
« Toute nation a ses festivités et voici les vôtres. » C’est ainsi que le saint prophète Mouhamad (asws) annonçait les deux plus grandes fêtes de sa communauté à savoir l’ « Aid El Fitr » (Korité) marquant la fin du mois béni de ramadan et l’ « Aid El Adha » ou «la fête du sacrifice ». Cependant, l’Aid El Adha est la plus importante des deux en ce sens qu’elle est aussi appelée « Aid El Kébir » ou « la grande fête » par opposition à l’Aid El Fitr encore appelée « Aid Aç-çaghîr » ou « la petite fête ». À l’occasion, il est recommandé aux fidèles musulmans de porter leurs plus beaux vêtements pour aller à la prière collective du jour avant de procéder au sacrifice rituel en immolant un bélier à leur retour.

Au Sénégal, comme dans plusieurs pays musulmans, la Tabaski revêt un caractère encore plus important. En effet, c’est une occasion pour sombrer dans toutes sortes d'excès. Aussi, à cette occasion les chefs de familles, en bon « Samba Lingère » boostés et pompés à bloc par les douces paroles des chères dames, rivalisent-ils d’ardeur dans l’acquisition du plus grand et du plus beau bélier, race « Ladoum » de préférence. Toujours pour entrer dans les bonnes grâces de madame, ils font montre du même zèle pour l’achat d’habits tous neufs cousus à partir de basin de type « Getzner Annour » de préférence pour toute la famille ; sans oublier les dépenses annexes pour une bonne réussite de la fête. Or, dans la plupart des cas, ils n’ont pas les moyens pour remplir de telles obligations imposées par une société cruelle, injuste, impitoyable qui encourage la rivalité entre les pères de familles, entre les épouses, entre les enfants, etc. partageant une même localité. Et pour ne pas « jeter l’affront à sa famille » (épouse et enfants), les pauvres chefs de famille sont obligés de casser la tirelire et de faire l’impossible pour les rendre heureux. Bien souvent, les plus honnêtes d’entre eux vont contracter des dettes pour couvrir entièrement les charges annuelles liées à la Tabaski. Parfois les dettes restent encore non entièrement payées et s’accumulent jusqu’à la célébration de l'année suivante. Par contre pour d’autres, tous les moyens sont bons pour rendre heureuses leurs familles respectives. C’est pourquoi ils n’hésiteront jamais à user de subterfuges honteux basés sur le « door marteau » ou « braquage à la sénégalaise » (arnaques) pour satisfaire les besoins liés à la célèbre fête. D’autres encore vont miser sur les paris sportifs (très à la mode aujourd’hui, surtout chez les jeunes !) pour tenter d’amasser quelque gain en guise de financement pour la tabaski. En ce qui concerne les femmes, la société sénégalaise leur impose de distribuer obligatoirement des étrennes du genre "taanku njëkké", "wallu goro", etc. Sinon elles seront la risée au sein de la belle-famille. Toutefois, il convient de souligner que cela n’a rien à voir avec l’Islam, cette religion compréhensive et bienveillante. D'ailleurs Allah disait dans Son saint Coran :

(لَاۤ إِكۡرَاهَ فِی ٱلدِّینِ)
« Nulle contrainte en religion!... » [Sourate Al-Baqarah 256].

Et dans un autre passage Il (swt) ajoutait :

(لَا یُكَلِّفُ ٱللَّهُ نَفۡسًا إِلَّا وُسۡعَهَا)
« Allah n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité... » [Sourate Al-Baqarah 286].

Ensuite, la religion islamique a clairement mis en garde contre l’enrichissement illicite, mais aussi contre les jeux de hasard.

(یَـٰۤأَیُّهَا ٱلنَّاسُ كُلُوا۟ مِمَّا فِی ٱلۡأَرۡضِ حَلَـٰلࣰا طَیِّبࣰا وَلَا تَتَّبِعُوا۟ خُطُوَ ٰ⁠تِ ٱلشَّیۡطَـٰنِ إِنَّهُۥ لَكُمۡ عَدُوࣱّ مُّبِینٌ)
«Ô gens ! De ce qui existe sur la terre, mangez le licite pur ; ne suivez point les pas du Diable car il est vraiment pour vous, un ennemi déclaré» [Sourate Al-Baqarah 168].

(وَلَا تَأۡكُلُوۤا۟ أَمۡوَ ٰ⁠لَكُم بَیۡنَكُم بِٱلۡبَـٰطِلِ )
«Et ne dévorez pas mutuellement et illicitement vos biens ; ...» [Sourate Al-Baqarah 188].

Concernant les jeux de hasard, le coran disait au prophète (asws) :

(یَسۡـَٔلُونَكَ عَنِ ٱلۡخَمۡرِ وَٱلۡمَیۡسِرِ قُلۡ فِیهِمَاۤ إِثۡمࣱ كَبِیرࣱ وَمَنَـٰفِعُ لِلنَّاسِ وَإِثۡمُهُمَاۤ أَكۡبَرُ مِن نَّفۡعِهِمَا)
« Ils t’interrogent sur le vin et les jeux de hasard. Dis: “Dans les deux il y a un grand péché et quelques avantages pour les gens; mais dans les deux, le péché est plus grand que l’utilité.” » [Sourate Al-Baqarah 219]

Toujours dans le même ordre d’idées, l’Imam Ahmad rapporte dans son célèbre «Musnad» que le prophète (asws) a dit :

«N’entrera pas au Paradis une chair nourrie à partir de gains illicites».

Dans sa seconde mission, le saint-maitre Seydina Limamou (asws) recommandait :
« Ne consommez et ne buvez que ce que vous avez honnêtement acquis, ne montez que sur ce qui est honnêtement acquis, ne portez que des vêtements honnêtement acquis. N’utilisez, sur l’ensemble de tout ce qui peut vous servir, que des choses proprement acquises. »
Se voulant plus clair, le saint-maitre des Ahloulahi ajoutait : « Ce qui est proprement acquis, c’est ce que vous avez gagné honnêtement ». Pour mieux aider son peuple à comprendre le mal lié à l'ilicite, Seydina Limamou Lahi (asws) nous enseignait : « Le bien mal acquis sera la première chose que l’on déchirera du ventre de l’homme, le jour du jugement dernier ». Il illustra parfaitement l'effet négatif d'un bien mal acquis aussi petit soit-il sur la quantité de richesses possédées aussi grande soit-elle en ces termes : « Un Bien mal acquis peut gâcher une grande richesse, comme une cuillerée de sang peut souiller une calebassée de lait. C’est de cette manière qu’un petit Bien mal acquis peut gâcher une grande richesse honnêtement gagnée. »
Malheureusement comme le rapportait Boukhary dans son Sahih le prophète (asws) nous avait prévenus sur cette époque :
«Une époque arrivera pendant laquelle l’homme ne se souciera pas de la façon dont il gagne son argent : de façon licite ou illicite ! ». Et dans sa seconde mission il concluait : « Le signe de la déchéance chez l’homme, c’est le fait de s’approprier tout ce qu’on a envie de posséder, sans se soucier de la manière honnête ou malhonnête, ou obscure, de l’acquérir.»
Par ailleurs, l’islam rejette catégoriquement toute forme de rivalité basée sur l’acquisition de biens de ce monde. À ce propos, le saint maitre (asws) ajoutait :
« Ne cherchez pas à vous surpasser les uns les autres dans l’acquisition des richesses de ce bas monde. Cherchez plutôt la concurrence dans l’obtention des richesses de l’autre monde. C’est ça qui procure la fortune éternelle et des honneurs élevés. »
Alors je nous invite tous à revenir aux fondamentaux et à l'esprit initial de cette célébration consistant à perpétuer la tradition du prophète Seydina Ibrahim (asws) dans la limite du raisonnable et du recommandé. Pour cela nul besoin de rivalité, ou d'acte ostentatoire pour flatter notre ego, mais plutôt faire preuve de solidarité envers les couches défavorisées qui font aussi partie de la fête et donc avec qui nous devons partager la célébration dans la joie.

Par Chérif Alassane Lahi Diop "Sibt Sâhibou Zamâne",
Analyste politique et économique,
Expert en Commerce et Management des Affaires Internationales,
Secrétaire Général de Vision 129. 

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