TRIBUNE DU VENDREDI N°77 : Une Petite Introduction à l'Étude du Fiqh ou Jurisprudence Islamique suivant le Rite Malikite (4ème Partie)

29 avril 2022 à 14h45 - 501 vues

UNE PETITE INTRODUCTION À L’ÉTUDE DU FIQH OU JURISPRUDENCE ISLAMIQUE SUIVANT LE RITE MALIKITE (QUATRIÈME PARTIE)

QUATRIÈME PARTIE : ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS DE LA PRIÈRE OU « ARKÂN AÇ-ÇALÂ »

La prière est un des cinq piliers sur lesquels l’Islam est bâti. Mieux, elle occupe la deuxième position en termes d’importance après la profession de foi. Pour faire comprendre son importance, le messager (asws) nous informait que « La première chose sur laquelle le serviteur de Dieu devra rendre des comptes, au Jour du Jugement, est la prière. Si elle a été accomplie correctement, alors le reste de ses actions sera accepté. Mais si elle est incomplète, alors le reste de ses actions sera incomplet également. » (Hadith recueilli par al-Tabarânî)

Il existe cinq prières canoniques en l’Islam : la prière de l’aube « subh », la prière du milieu du jour ou « dhuhr », la prière de l’après-midi « ‘asr », la prière du crépuscule « maghrib » et celle de la nuit « ‘ichâ’ ».

À chaque prière il est fixé une heure légale pour son accomplissement. Aussi, chacune des cinq prières doit-elle être accomplie en son temps et pas avant ni après son délai légal. Par contre, il n’est pas permis d’anticiper l’accomplissement d’une prière avant son heure légale. Passé le délai légal on considère que le fidèle n’a pas accompli sa prière à temps et donc il doit la rattraper. C’est pourquoi il est fondamental de connaitre le temps légal de chaque prière canonique. L’école malikite définit deux temps pour chaque prière à savoir le temps dit « préférentiel » ou « ikhtiyârî » et celui dit « forcé » ou « darûrî »

• Le temps « ikhtiyârî » est celui durant lequel le fidèle pourra accomplir librement sa prière soit au début, au milieu ou avant la fin de ce délai. Il démarre aussitôt après l’appel à ladite prière (al-adhân). Le temps ikhtiyârî est composé de deux temps à savoir : 

- le « waqt fadîla » ou temps de prière recommandé qui correspond au tout début du temps ikhtiyârî ;

- et le « waqt tawsi‘a » ou temps de prière indifférent qui couvre le reste du temps ikhtiyârî.

• Par contre, le temps « darûrî » est le délai supplémentaire accordé au fidèle qui a une excuse valable pour retarder sa prière (à la suite du temps Ikhtiyârî ). Toutefois, le fidèle qui aura volontairement, et sans aucune excuse valable, laissé filer le temps prévu pour une prière donnée, aura commis un grand péché ! 

TEMPS FIXÉS POUR CHAQUE PRIÈRE

-Prière de Subh :

Pour la prière de subh, le début du temps ikhtiyârî correspond au moment où l’aurore fend les ténèbres en répandant de la lumière à l’extrême et en direction Sud-est- Nord-est ; cette lumière s’élève et gagne tout l’horizon. La fin du temps ikhtiyârî de cette prière est marquée par la clarté brillante : cette clarté brillante est marquée par le fait que quand le fidèle a fait les salutations finales de la prière, cela est accompagné par l’apparition du bord du disque solaire. Le temps darûrî commence après la clarté brillante et se termine au lever du soleil.

-Prière de dhuhr :

Son temps « Ikhtiyârî » démarre au moment où le soleil commence à décliner du milieu du ciel et où l’ombre commence à augmenter. La fin de ce temps correspond au moment où l’ombre de chaque objet devient égale à cet objet Le début du temps darûrî de cette prière commence dès que l’ombre de chaque objet devient égale à cet objet. La fin du temps darûrî correspond au moment du coucher du soleil. 

-Prière de ‘Asr

Le début de son temps ikhtiyârî correspond au moment où l’ombre de chaque objet devient égale à cet objet après la première ombre projetée par le soleil déclinant au milieu du jour. Ce temps prend fin au moment où la lumière du soleil pâlit. Pour le temps darûrî, il démarre au moment où le soleil pâlit. La fin du darûrî est le même que pour la prière de dhuhr, c’est-à-dire au moment du coucher du soleil.

-Prière de Maghrib

Le début de son temps ikhtiyârî correspond au moment où le soleil se couche. La durée du temps ikhtiyârî de cette prière équivaut à l’espace de temps permettant de faire l’ablution (mineure ou majeure suivant qu’il soit en état d’impureté mineure ou majeure) et à l’accomplissement des trois cycles de la prière canonique du maghrib. Le temps darûrî démarre à la fin du temps ikhtiyârî ; autrement dit à la fin du temps nécessaire à l’accomplissement des trois cycles de la prière canonique du maghrib. Il prend fin au moment où l’aube se lève.

-Prière de ‘ishâ’

Le début du temps ikhtiyârî de la prière du ‘ishâ’ correspond au moment où la lueur crépusculaire du soir appelée shafaq disparait. Le shafaq c’est la lueur rouge produite par les derniers rayons du soleil, et qui subsiste au couchant. Ce temps ikhtiyârî prend fin à l’issue du premier tiers de la nuit. Concernant, le temps darûrî de cette prière, il démarre à la fin du premier tiers de la nuit pour prendre la fin au lever de l’aube.

MOMENTS OÙ IL EST INTERDIT D’ACCOMPLIR UNE PRIÈRE SURÉROGATOIRE

Suivant le rite malikite, il est interdit d’accomplir la prière surérogatoire ou le « sujûd at-tilâwa » (prosternation faite une fois arrivé sur un des versets qui l’impose pendant la récitation du Coran) aux temps suivants : 

-au moment où le soleil se lève, jusqu’à ce qu’il soit entièrement levé [donc après la prière de subh jusqu’au moment où le soleil est au-dessus de l’horizon]
- au moment où le soleil se couche, jusqu’à ce qu’il soit entièrement couché [autrement dit entre la prière de asr et celle du maghreb] ; 
-du moment où l’imâm, se dirige vers la chaire pour son prêche du vendredi [dans la mesure où écouter le prêche du vendredi est une obligation] jusqu’au moment où il quitte la mosquée ;
- s’il ne reste plus assez de temps pour faire la prière obligatoire en son temps ;
- etc.

Toutefois, cette interdiction n’inclut pas le fait d’accomplir ou de rattraper des prières obligatoires pendant ces temps-là.

CONDITIONS PRÉALABLES À LA PRIÈRE

Le fidèle doit :

-avoir fait sa petite ablution (en cas d’impureté mineure), il doit 
-s’être purifié le corps en cas d’impureté majeure
-s’assurer que le lieu de prière (notamment le sol ou le tapis), son corps et son vêtement sont exempts de toute impureté matérielle
- couvrir sa nudité (pour l’homme les parties honteuses à cacher couvre le nombril jusqu’aux genoux ; tandis que pour la femme c’est le corps entier en dehors du visage et de la paume des mains) ;
-s’orienter vers la qibla.

ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS DE LA PRIÈRE OU « ARKÂN AÇ-ÇALÂ »

A. LES ACTES OBLIGATOIRES DE LA PRIÈRES OU « FARÂ’ID »

Ils sont au nombre de quatorze (14) :

1. L’intention

Il s’agit de s’engager à accomplir la prière en ayant l’intention au moment du Takbîrat al-Ihrâm. L’intention d’être dirigé par un imam doit être formulée par les fidèles qui se trouvent derrière lui.  

2. Dire la formule de sacralisation « Allâhu akbar » ou « takbîrat ul-Ihrâm »

Cet acte marque l’entrée dans la prière. Il consiste à prononcer « Allâhou Akbar ». Il est recommandé de le prononcer à haute voix. Toutefois, on peut le faire aussi à voix basse mais à condition de bouger la langue et les lèvres.

3. Être debout au moment du takbîrat ul-Ihrâm

4. La récitation de la sourate Fatiha 

5. La récitation de la Fatiha en position debout

6. L’inclinaison ou « ar-Roukoû’ »

7. Se relever de l’inclinaison

8. La prosternation ou « as-Soujoûd »

Elle consiste à faire en sorte que ces 7 parties du corps touchent le sol : la tête (notamment le front et le nez), les paumes des deux mains, les deux genoux et les deux pieds. Le front doit forcément toucher le sol tandis que pour le nez c’est juste recommandé.

9. Se relever de la prosternation

10. S’asseoir pour le salut final

11. Prononcer le salut final en prononçant «as-Salâm »

12. La sérénité pendant toute la prière

13. Garder la posture droite (pas penché) durant la prière

14. Faire les actes obligatoires de la prière selon l’ordre indiqué

15. Accomplir [pour le « ma’mûm », c’est-à-dire celui qui prie derrière un imam] les actes après l’imam (ne faire aucun acte avant lui, pendant la prière, et ce, du takbir de sacralisation au salâm de désacralisation)

B. LES ACTES VIVEMENT RECOMMANDÉS OU « SUNNAN MOU'AKKADA »

1. Réciter une sourate après la fatiha lors des deux premières unités de prière (Rak’at)

2. Réciter la sourate en étant debout

3. Réciter le coran à haute voix ou « birël » (en wolof) notamment pour les prières de subh, du vendredi, et les deux premières rakka’ du maghrib et du ‘ichâ’). Le minimum requis dans le fait de réciter à voix haute, pour l’homme, est de se faire entendre par celui (ou ceux) avec lequel (lesquels) on prie. Pour la femme, réciter à voix haute consiste à se faire en sorte de s’entendre elle-même.

Réciter à voix basse ou « yélu » (en wolof) notamment dans les prières du dhuhr et du ‘asr, dans la dernière rakka’ du maghrib et les deux dernières rakka’ du ichâ’. Le minimum requis pour l’homme et la femme, étant de remuer la langue sans émettre de son.

4. Prononcer un takbîr entre chaque position (pour les malikites, ce takbîr ne s’accompagne pas du geste comme pendant la takbîrat ul-Ihrâm où on lève les mains à hauteur des épaules et avant de baisser les bras ensuite).

5. Prononcer l’attestation de foi ou « Tachahhoud » [notamment lors de la deuxième rakka’, de même que dans la troisième (quand il s’agit de la prière du maghrib) et dans la quatrième (pour les prières de dhuhr, de ‘asr et de ‘ichâ’).

6. Se mettre en position assise pour le premier tachahhoud 

7. Se mettre en position assise pour le second tachahhoud 

8. Dire à voix haute, pour l’imâm qui dirige une prière, et à voix basse pour le fidèle qui prie seul, « sami’a-l-Lâhu liman hamidahu » ce qui signifie : « Dieu écoute ceux qui Le louent »

C. LES ACTES MÉRITOIRES « AL MANDÛB »

1. Faire l’appel à la prière ou « Iqâmat » (chez les malikites on ne prononce qu’une seule fois l’expression « qad qâmati s-Salâh »)

2. Lever les deux mains au niveau des épaules, de sorte que les paumes soient face au sol

et le dos des mains en direction du ciel, lors du takbirat ul-Ihrâm

3. Prolonger la récitation pour la prière du Subh du Dhuhr 

4. Écourter la récitation pour la prière du ‘Asr et du Maghreb 

5. Faire une récitation médiane pour la prière d’al-‘Ishâ 

6. Dire : « Rabbanâ wa laka l-Hamdu » (Mon Dieu, notre Seigneur et à Toi la louange) pour le fidèle derrière l’Imam, comme le prieur solitaire. 

7. Glorifier Allâh pendant l’inclinaison avec la formule « subhâna rabbiya-l-‘âdhîm wa bi-hamdih (Transcendance de mon Seigneur le Très Grand ! que Sa louange soit proclamée !)

8. Glorifier encore Allâh pendant et la prosternation avec la formule « subhâna rabbiya al-a‘lâ wa bi-hamdih ».

9. Prononcer l’invocation du « qunût » à voix basse dans la deuxième rakka’ du subh, après avoir récité la fatiha suivi d’une sourate du Coran. Dans le cas où le fidèle a omis de faire cette invocation, il pourra la prononcer après s’être redressé de la génuflexion, et avant de se prosterner.

10. Réciter les sourates selon d’ordre du Coran ; la sourate récitée dans la première rakka’ doit être plus longue que celle de la seconde

11. Etc. 

REMARQUE : Concernant la position des bras, il existe deux avis dans la doctrine Malikite à savoir : l’avis majoritaire qui stipule que les bras soient tendus vers le sol (as-Sadl) et l’autre qui qui juge que le bras droit soit replié sur le bras gauche, les deux étant placés entre le ventre et la poitrine (al-Qabd).

(À SUIVRE)

Par Chérif Alassane Lahi Diop "Sibt Sâhibou Zamâne", 
Analyste politique et économique,
Expert en Commerce et Management des Affaires Internationales,
Aspirant-disciple parmi les Ahloulahi,
Secrétaire Général de Vision 129.

Commentaires(0)

Connectez-vous pour commenter cet article