TRIBUNE DU VENDREDI N°82 : Le talion : Une loi coranique pour préserver [la sacralité] de la vie humaine

03 juin 2022 à 22h00 - 350 vues

LE TALION : UNE LOI CORANIQUE POUR PRÉSERVER [LA SACRALITÉ] DE LA VIE HUMAINE

La recrudescence des cambriolages, des viols, des cas de meurtres et d’agressions au Sénégal, ce pays pacifique et à la population très hospitalière et très croyante, impose de faire un diagnostic sérieux et profond de la situation afin d’endiguer ce fléau.

 Jadis l’on pouvait rester plusieurs mois voire plusieurs années sans entendre l’écho d’un seul meurtre. Or, ces dernières années, la criminalité est montée crescendo pour atteindre des proportions vertigineuses. Par exemple, au cours de ce mois de mai, en l’espace d’un week-end, trois meurtres ont été enregistrés rien qu’à Dakar. Plutôt au début du mois de mai, une femme de 60 ans, a été violée plusieurs fois avant d’être assassinée à Tivaouane Peulh. Le 24 avril 2022, un garçon âgé de 8 ans, élève en classe de CP, à Thiès a failli être égorgé par un individu. Le 25 avril suivant, le corps sans vie d’une fillette de 8 ans nommée Anta Ndiaye a été retrouvé dans un bâtiment inachevé à Bargny. L’autopsie effectuée sur la victime révèle « une asphyxie mécanique par étranglement associé à des lésions de coups et blessures par objet contondant ».

Mais la montée de la violence a connu son paroxysme avec le meurtre sordide de la pauvre dame Kiné Gaye, une gérante d’une multiservices à Pikine. Elle a été tuée à son lieu de travail par un de ses collègues, un jeune d’à peine 28 ans. L’opinion nationale a été très choquée et très triste à la fois après les aveux de ce jeune à l’ambition débordante et au cœur inhumain. En effet, pour répondre aux besoins et autres frais liés à la cérémonie de baptême de son nouveau-né, ce jeune nouveau papa, n’a rien trouvé de mieux à faire que de passer la journée à guetter la pauvre dame avant de l’attaquer à son lieu de travail. Il n’avait pas hésité à planter quelques 37 coups de couteau à la jeune dame sans défense avant de s’emparer d’une somme de 3,5 millions de Fcfa. Par la suite, il est allé tranquillement se laver, se changer et vaquer en toute quiétude à ses occupations comme si de rien n’était en poursuivant les préparatifs de la cérémonie de baptême prévue en toute pompe.

À cela s’ajoute une hausse des vols à l’arraché. Ce type de crime qui fait fureur actuellement dans la capitale sénégalaise est perpétré par des bandes armées à bords de scooter et autres véhicules motorisés pour s’attaquer aux citoyens en pleine rue et en plein jour la plupart du temps. Si la victime tente de s’opposer à eux, ils n’hésitent pas à lui donner quelques coups de machette ou de couteau quitte à attenter à sa vie tout simplement.

Tout récemment une vidéo, où l’on voit une bande d’au moins trois personnes à bord de scooters poursuivre un autre individu à bord de son scooter jusque dans une maison au niveau de la zone de captage, a été plusieurs fois partagée pour montrer l’étendue du mal. Résultat des courses, le pauvre s’est fait dépouiller de son moyen de transport et/ou de travail (tiak-tiak) sous la menace de quelques coups de couteau.

Or, ces violations des libertés individuelles troublent le fonctionnement normal de la société et donc plusieurs sanctions allant jusqu’à l’emprisonnement ont été prévues par la loi sénégalaise en ce sens. À cela s’ajoute le fait que nous ayons un service d’ordre et de sécurité bien équipé. Mais force est de reconnaitre que cela n’est toujours pas encore suffisant pour réduire le taux de criminalité. Et la plupart du temps, les criminels condamnés par la loi sortent de prison au bout de quelques moments à la faveur d’une grâce présidentielle dont les critères de sélections sont aussi douteuses qu’incompréhensibles. Finalement, ces mêmes anciens prisonniers retournent encore en prison pour le même crime au bout de quelque temps après leur élargissement.

Pourtant, la religion islamique avait déjà donné la solution face à cette situation dramatique comme mentionné dans plusieurs passages du saint Coran. D’abord, il faut savoir que l’islam, au même titre que les religions révélées, accorde une importance capitale à la vie humaine. À ce propos, le Coran nous informe que :

« Pour cela, Nous avons prescrit aux Enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à tous les hommes... » [Sourate AL-MÃ-'IDAH: 32].

L’Islam distingue deux catégories de délit :

  • Les délits pour lesquels aucune peine légale n’a été précise. Dans ce cas la sanction ou non est laissée à l’appréciation discrète du détenteur de l’autorité.
  • Et les délits pour lesquels une sanction précise est prévue.

Exemples : le meurtre, la fornication, le vol, consommation d’alcool (et de tout autre produit entrainant des effets similaires), etc.

Dans le verset précédant celui-ci, Allah instituait le talion en ces termes :

{ یَـٰۤأَیُّهَا ٱلَّذِینَ ءَامَنُوا۟ كُتِبَ عَلَیۡكُمُ ٱلۡقِصَاصُ فِی ٱلۡقَتۡلَىۖ ٱلۡحُرُّ بِٱلۡحُرِّ وَٱلۡعَبۡدُ بِٱلۡعَبۡدِ وَٱلۡأُنثَىٰ بِٱلۡأُنثَىٰۚ فَمَنۡ عُفِیَ لَهُۥ مِنۡ أَخِیهِ شَیۡءࣱ فَٱتِّبَاعُۢ بِٱلۡمَعۡرُوفِ وَأَدَاۤءٌ إِلَیۡهِ بِإِحۡسَـٰنࣲۗ ذَ ٰ⁠لِكَ تَخۡفِیفࣱ مِّن رَّبِّكُمۡ وَرَحۡمَةࣱۗ فَمَنِ ٱعۡتَدَىٰ بَعۡدَ ذَ ٰ⁠لِكَ فَلَهُۥ عَذَابٌ أَلِیمࣱ }

« Ô les croyants ! On vous a prescrit le talion au sujet des tués : homme libre pour homme libre, esclave pour esclave, femme pour femme. Mais celui à qui son frère aura pardonné en quelque façon doit faire face à une requête convenable et doit payer des dommages de bonne grâce. Ceci est un allégement de la part de votre Seigneur et une miséricorde. Donc, quiconque après cela transgresse, aura un châtiment douloureux. » [Sourate AL-BAQARAH: 178]

Selon Le Robert, le talion est un châtiment qui consiste à infliger au coupable le traitement qu'il a fait subir à autrui.

L’étude du tafsir de ce verset 178 de la sourate Al-Baqarah révèle que la circonstance de sa révélation est la suivante : après que le talion a été instauré pour les gens du livre plusieurs exactions et beaucoup d’injustice ont été commises. Alors, c’est pour réglementer l’application du talion et éviter tout dépassement que ce verset a été révélé au prophète Muhammad (asws) avec les détails : « homme libre pour homme libre, esclave pour esclave, femme pour femme ».

Le verset suivant donne quelques détails supplémentaires sur la loi du talion :

«Et Nous y avons prescrit pour eux vie pour vie, œil pour œil, nez pour nez, oreille pour oreille, et dent pour dent. Les blessures tombent sous la loi du talion...». [Sourate AL-MÃ-'IDAH: 45]

Toutefois, il faut savoir que même si Allah permet, la vengeance à titre de réparation d’un préjudice subi, Il encourage aussi la clémence de la part de l’ayant droit dans le but de faire bénéficier d’un salaire [une réparation] meilleur venant de Lui ; Omnipotent et Tout-Puissant. D’ailleurs, la phrase suivante contenue dans le verset est une invite lancée en ce sens :

« Celui à qui son frère aura pardonné en quelque façon doit faire face à une requête convenable et payer des dommages de bonne grâce. »

Et dans d’autres passages encore ce même appel au pardon revient encore :

« La sanction d’une mauvaise action est une mauvaise action [une peine] identique. Mais quiconque pardonne et réforme, son salaire incombe à Allah. Il n’aime point les injustes ! »

[Sourate ACH-CHOURÃ: 40]

Et encore :

« Et si vous punissez, infligez [à l’agresseur] une punition égale au tort qu’il vous a fait. Et si vous endurez… cela est certes meilleur pour les endurants. » [Sourate AN-NAHL: 126]

Et c’est là toute la différence entre le talion ordonné dans la religion juive et celui instauré par le Coran, le dernier des Livres Révélés. En effet, dans la loi juive il n’y avait pas de possibilité de payer une compensation au lieu de subir le même sort à la suite d’un meurtre. La seule règle était d’appliquer « œil pour œil, dent pour dent ».

Globalement, il faut comprendre que le verset 178 veut dire que la famille de l’individu tué a le droit de convoquer le talion ou de pardonner, à sa convenance, le meurtrier, en réclamant ou non une compensation qui équivaut au prix du sang. À ce propos, il convient de souligner ces points :

  1. C’est à la famille de la victime de réclamer le talion ; mais ce n’est pas à elle de l’appliquer. Ce rôle incombe au gouvernant ou à toute autre autorité qu’il aura nommé à cette tâche au sein de la hiérarchie du pouvoir en place.
  2. Dans la Shari’a, les peines légales ne sont pas appliquées en cas de doute légalement valable, et cela en parfaite adéquation avec ces propos du messager (asws) : « Épargnez les musulmans de l’application des peines légales autant que vous le pouvez : si vous trouvez une issue pour le musulman, libérez-le, car il vaut mieux pour le chef de pardonner par erreur que de sanctionner par erreur. »
  3. L’homicide involontaire ou les coups et blessures ayant entrainé la mort sans intention de la donner ne sont pas sujet à la peine capitale en Islam. Dans ce cas seul le prix du sang est nécessaire comme le stipule le verset suivant : Il n’appartient pas à un croyant de tuer un autre croyant, si ce n’est par erreur. Quiconque tue un croyant par erreur, qu’il affranchisse alors un esclave croyant et remette à sa famille le prix du sang, à moins que celle-ci n’y renonce par charité. Mais si [le tué] appartenait à un peuple ennemi à vous et qu’il soit croyant, qu’on affranchisse alors un esclave croyant. S’il appartenait à un peuple auquel vous êtes liés par un pacte, qu’on verse alors à sa famille le prix du sang et qu’on affranchisse un esclave croyant. Celui qui n’en trouve pas les moyens, qu’il jeûne deux mois d’affilée pour être pardonné par Allah. Allah est Omniscient et Sage.)
  4. L’existence de circonstances atténuantes notamment en cas de légitime défense annule l’application du talion.

Tous ces points permettent d’éviter toute forme d’anarchie ou de tuer un innocent dans l’application de la loi du talion.

Par ailleurs, dans l’application des peines légales, notamment le talion, Allah le Maitre de la Création qui, à ce titre, connait mieux que quiconque Ses créatures, nous donne un moyen juste et équitable de corriger un préjudice. Mieux encore, les peines légales produisent un effet dissuasif pour toute personne tentée de commettre tout acte ou d’émettre toute parole pouvant nuire à son prochain. Aussi, l’application en toute justice et en toute équité de la loi du talion, décourage-t-elle, freine-t-elle toute pulsion meurtrière entre les individus. Il ne faut donc pas en déduire une volonté manifeste du Coran d’encourager la vengeance entre les croyants ! Non ! il faut plutôt y voir une nécessité de sauvegarder la vie humaine comme le précise le verset suivant :

« C’est dans le talion que vous aurez la préservation de la vie, ô vous doués d’intelligence ! Peut-être craindrez-vous Dieu ! » [Sourate AL-BAQARAH: 179].

Aux plus sceptiques, ceux qui réclament plus de miséricorde pour s’opposer délicatement au talion, cette loi d’ordre divin, nous rappelons ces propos de Mohammad al-Ghazali dans «l’Éthique du musulman» :

« La miséricorde n’est pas une affection aveugle sans entendement, ni une pitié qui ignore la justice et l’ordre. Non. C’est un sentiment qui respect tous ces droits. Le spectacle du supplicié avec son corps suspendu dans l’air et ses yeux grands ouverts qui recherchent la lumière et demandent secours est un spectacle qui inspire la pitié. Pourtant, si l’on exauce ce sentiment éclair et qu’on libère le tueur, la terre sera remplie de désordre. C’est dire que la vraie miséricorde consiste ici à réprimer ce sentiment : « Il y a pour vous, une vie, dans le talion. Ô vous, les hommes doués d’intelligence ! Peut-être craindrez-vous Dieu ! » (Sourate 2, verset 179).

 

Par Chérif Alassane Lahi Diop "Sibt Sâhibou Zamâne",
Analyste politique et économique,
Expert en Commerce et Management des Affaires Internationales,
Secrétaire Général de Vision 129.
 

Commentaires(0)

Connectez-vous pour commenter cet article